Rester au front malgré la crise

29.05.2020
Avec une mobilisation sans pareille dans cette pandémie, Caritas Genève met tout en oeuvre pour soutenir les personnes en situation de vulnérabilité, tout en protégeant ses équipes. Récit du premier mois...

Comme toute la Suisse, Caritas Genève a d’abord dû encaisser le choc. Après plusieurs semaines à vivre au rythme des recommandations sanitaires en lien avec le coronavirus, le couperet est tombé le lundi 16 mars. Face aux directives fédérales et cantonales, une part importante de l’institution s’est mise en veille. Boutiques, brocante, teinturerie, restaurant : tous les points de vente, à l’exception des épiceries, ont été contraints de fermer leurs portes. De nombreux collaborateurs se sont retrouvés au chômage technique et l’institution perdait une indispensable source de revenu.

Dans le même temps, dès les premières heures, une autre bataille s’est engagée : préserver, malgré la crise, la mission de Caritas Genève et continuer de venir en aide aux personnes en situation de vulnérabilité. Il ne faisait aucun doute, à cet instant déjà, que leurs rangs allaient grossir. En première ligne, le Service de l’Action sociale s’est rapidement adapté. Deux permanences téléphoniques hebdomadaires ont été mises en place, doublées d’une permanence juridique. Pour faire face à la demande, deux demi journées supplémentaires ont été ajoutées au dispositif, dès la semaine suivante. Les cas les plus urgents ont la priorité, et ils ne manquent pas.

Urgence sociale « Nous recevons énormément d’appels et ce ne sont presque que des situations d’urgence, des personnes qui n’ont plus de revenu du tout », raconte Katia Hechmati, responsable du service. L’écrasante majorité est composée de travailleurs de l’économie domestique, souvent sans statut légal, qui ont perdu leur travail du jour au lendemain, sans droit à aucune aide publique. Pour le reste, ce sont des indépendants (chauffeurs de taxi, esthéticiennes, fleuristes, etc.) et des personnes en attente des premiers versements du chômage partiel.

 

« Ces gens n’arrivent plus
à payer leur loyer,
parfois même plus à se nourrir »

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Chaque semaine, 20 nouveaux dossiers sont ouverts avec une aide financière à la clé (contre cinq à douze habituellement), dont une partie est assurée grâce aux fonds de la Chaîne du Bonheur (voir p. 4-5). « Ces gens n’arrivent plus à payer leur loyer, parfois même plus à se nourrir », souligne la responsable. D’autres sont simplement conseillés ou aiguillés vers les organismes, publics ou privés, les plus à même de répondre à leurs besoins.

Faire face à l’urgence sociale, c’est aussi le lot quotidien des acteurs de l’accompagnement des sans-abris. En lien avec le Collectif d’associations pour l’urgence sociale (CAUSE), Caritas Genève participe à la coordination des hébergements de nuit, de l’accueil de jour et de la prévention du coronavirus auprès de ces populations. Au début de la crise sanitaire, les lieux d’accueil ont dû décupler leurs efforts pour répondre aux exigences de distance sociale et fournir le matériel nécessaire à la protection du personnel et des usagers. La Ville de Genève a finalement centralisé le dispositif d’accueil à la Caserne des Vernets, mais les associations restent mobilisées.
Vol_Roms Vol humanitaire vers la Roumanie Dans ce domaine, Caritas Genève s’est rapidement engagée en faveur de la communauté rom, via son Pôle de médiation intercommunautaire. Dèsles premières annonces de confinement, un vent de panique a soufflé dans cette population et nos médiateurs ont été assaillis d’appels de familles en détresse. Non seulement dépourvues de revenu depuis des semaines, elles se trouvaient également dans l’impossibilité de rentrer en Roumanie en raison de la fermeture des frontières en Europe. Par ailleurs, les lieux d’hébergement d’urgence, déjà très sollicités et inappropriés pour accueillir des familles, ne s’avéraient pas être une solution envisageable.

C’est alors que l’idée, un peu folle, d’un vol humanitaire a émergé. Il a fallu plus d’une semaine d’intenses négociations pour qu’elle se concrétise, dans un climat de grande incertitude. Jusque dans la nuit précédant le décollage, personne n’était certain que ce vol aurait lieu ! Finalement, mercredi 25 mars au matin, près de 70 Roms ont pu s’envoler vers Cluj-Napoca, accompagnés par plusieurs citoyens roumains bloqués en Suisse. Ils ont ensuite été transportés dans leurs villages en car, avec l’aide de Caritas Roumanie. Cette opération exceptionnelle a été financée par des philanthropes individuels et a reçu l’appui logistique et administratif des autorités cantonales et fédérales.

Les Épiceries en première ligne
Retour à Genève, sur un autre front. Dès le début de la pandémie, les Épiceries Caritas se sont trouvées en première ligne, afi n de garantir un approvisionnement de denrées alimentaires et de produits de base aux personnes à faible revenu. Comme tous les commerces de première nécessité, nos deux magasins (Plainpalais et Servette) sont restés ouverts, avec l’application de mesures sanitaires strictes : cinq personnes au maximum dans le magasin, distance sociale, masques, gel hydroalcoolique, plaques en plexiglas à la caisse.
 

« Heureusement, des collègues
d’autres secteurs à l’arrêt
sont venus nous prêter main-forte »


En parallèle, les équipes étaient amputées de plusieurs collaborateurs « à risque » ou en interdiction de travail en lien avec leur statut de réinsertion. « Heureusement, des collègues d’autres secteurs à l’arrêt sont venus nous prêter main-forte », relève Olivier Dunner, responsable des épiceries, qui salue un bel élan de solidarité interne. Les premiers jours ont été intenses, alors que les épiceries étaient « dévalisées » comme beaucoup de commerces du pays. Puis, la situation s’est peu à peu normalisée. L’affluence n’a pourtant pas faibli, d’autant qu’une partie des fonds de la Chaîne du Bonheur a été redistribuée sous forme de bons à de très nombreuses personnes dans le besoin. 
Ravy_livraison
Dans bien d’autres secteurs de Caritas Genève, ces premières semaines de confinement ont été mises à profit pour réinventer leurs activités habituelles ou en développer de nouvelles. C’est le cas du Café-Restaurant Le Ravy, à Plan-les-Ouates, fermé depuis le 16 mars. Après une phase de réfl exion et d’organisation, son équipe vient de lancer un service de livraison de repas à domicile, avec une offre grand public et un second tarif très avantageux pour les personnes en situation de précarité.
Aînés : maintenir le lien social Enfin, les pôles accompagnement et bénévolat ont tout fait pour préserver un lien régulier avec leurs bénéfi ciaires, souvent âgés. Les bénévoles en charge des Tables du dimanche, rendez-vous hebdomadaire pour les aînés, ont constitué une chaîne téléphonique pour garder le contact avec une partie des participants réguliers. Quant au programme de bénévolat intergénérationnel, suspendu physiquement, il est en partie maintenu par téléphone. La plupart des jeunes bénévoles impliqués assurent ainsi un contact téléphonique avec les personnes âgées isolées de leur tandem, tout comme la responsable du pôle.

Ces exemples le montrent : dans cette crise sanitaire inédite, Caritas Genève garde le cap. Et oeuvre à renforcer, partout où cela s’avère possible, une solidarité plus nécessaire que jamais.