Genève vole au secours des oublié·es du Covid

30.09.2021
Au bout du lac, des millions de francs ont été débloqués pour aider les travailleurs précaires durement touchés par la crise sanitaire, dont une grande partie de personnes sans statut légal.
Leur sort a fait la une des médias au printemps 2020. Alors que la crise sanitaire se déployait en Suisse, des milliers de travailleurs et travailleuses de l’ombre se sont retrouvés sans revenu, contraints de recourir à l’aide alimentaire. Du jamais vu à Genève, l’une des villes les plus riches du monde. Au bénéfice de contrats précaires ou sans statut de séjour, la plupart de ces personnes n’ont pas bénéficié des mesures de soutien de la Confédération (RHT, APG, etc.).

A Genève, en marge de l’action des associations, le canton a lancé deux dispositifs de soutien à ces oubliés du Covid, dont Caritas Genève a été partenaire. Le premier, voté en juin 2020, visait à octroyer une indemnité pour perte de revenu, y compris aux personnes sans statut légal. Combattue par référendum, cette loi dotée d’un fonds de 15 millions de francs n’a été mise en œuvre qu’un an plus tard, après son acceptation par le peuple en mars 2021. Un peu tard pour répondre à l’urgence…
 

«Nous avons vu beaucoup de
nouvelles personnes, inconnues
de nos services jusque-là.»


Entre-temps, et face à la deuxième vague de l’automne, le canton débloquait un fonds d’urgence de 12 millions de francs. Six associations, dont Caritas Genève, ont été mandatées pour attribuer des aides financières aux personnes en détresse, dès le 1er janvier. Pour l’essentiel, il s’agissait de payer des loyers en déshérence, mais aussi des primes d’assurance maladie et des frais de santé.

Les consultants devaient notamment fournir une pièce d’identité, des preuves de vie à Genève et une attestation sur l’honneur quant à leur situation. L’équipe a été renforcée et le système de permanence téléphonique adapté pour répondre à la forte demande.

«Nous avons vu beaucoup de nouvelles personnes, inconnues de nos services jusque-là», raconte Katia Hechmati, responsable du Service de l’Action sociale de Caritas Genève. Entre autres, Caritas a été fortement sollicitée par la communauté mongole, d’ordinaire peu visible à Genève, et par des ressortissants du Brésil ou de Bolivie. Plus de trois quarts des bénéficiaires du dispositif étaient sans statut légal et une grande majorité travaillaient dans l’économie domestique ou la restauration.

Le dispositif s’est terminé au 31 juillet, alors que le fonds de 12 millions de francs était en passe d’être épuisé. Au total, Caritas Genève a attribué près de 1,3 million de francs d’aide directe à 416 foyers (représentant 808 personnes).

En parallèle, la loi d’indemnisation pour perte de revenu est finalement entrée en vigueur au mois d’avril 2021, poussant Caritas Genève à renforcer à nouveau son équipe. Une secrétaire sociale a été engagée, appuyée par des bénévoles. Cette fois, les associations étaient mandatées pour préparer et déposer les dossiers des bénéficiaires potentiels, l’indemnité étant accordée par l’Etat de Genève.

Limitée à trois mois, l’application de cette loi s’est avérée plutôt complexe. Une indemnité d’un maximum de 4’000 francs par mois pouvait être accordée pour des pertes de revenu intervenues entre le 17 mars et le 16 mai 2020, soit un an plus tôt. Des critères stricts devaient être remplis: avoir travaillé à Genève en continu les trois mois précédents, y être domicilié depuis un an, n’avoir bénéficié d’aucune autre aide fédérale ou cantonale.

Au début, l’obligation de donner le nom de son employeur a également suscité des réticences, alors que beaucoup de personnes ont été réengagées entre-temps. «Nous avons dû rassuré les gens sur le fait que ces informations resteraient confidentielles et n’allaient pas porter préjudice à leur emploi», explique Emmanuelle Mossuz, qui a été en charge du dispositif chez Caritas.

Les derniers dossiers devaient être déposés le 6 juillet et la somme totale des indemnités versées par l’Etat n’est pas encore connue. Mais il est clair que la manne de 15 millions n’a pas été épuisée, et de loin. A fin mai, seuls 900'000 francs avaient été écoulés…

«Un délai de trois mois pour appliquer cette loi était irréaliste», estime Emmanuelle Mossuz. Il a fallu le temps que l’information passe correctement auprès du public et que la machine se mette en marche. «Puis, alors que les demandes affluaient, nous avons vite dû arrêter de prendre des dossiers afin de pouvoir garantir nos engagements avant la fin du délai», poursuit-elle.

Néanmoins, Caritas Genève a déposé 117 dossiers, pour 109 réponses positives. Le montant des indemnités obtenues pour la totalité des dossiers acceptés s’élève à 446'600 francs, pour une indemnité moyenne de 3'817 francs. De quoi soulager autant de familles précaires qui ont payé le prix fort des effets collatéraux de la crise.



Texte: Mario Togni
Article à paraître dans Caritas.mag No 24, Octobre 2021